Résumés des intervenants dans les ateliers [A-B]

 

OPEN DATA : RECHERCHES PARTICIPATIVES SUR LES ENJEUX COMMUNICATIONNELS, POLITIQUES ET SOCIAUX

Mohammed-Salah ABAȈDI

Laboratoire de recherche Communication et solidarité

Université Blaise Pascal

Julien GUILLAUMOND

Laboratoire de recherche Communication et solidarité

Université Blaise Pascal

 

 

L’Open Data ou « données ouvertes », démarche caractérisant la mise à disposition des données publiques, est apparue très récemment dans le paysage français. Cette reconnaissance au niveau national est émergée en 2011 avec l’ouverture d’un portail unique interministériel (data.gouv.fr), un site modelé après les exemples américain et britannique.

Ce mouvement d’ouverture des données publiques mettant à disposition aux citoyens, aux journalistes, aux chercheurs et aux entreprises, des données recueillies et gérées par les organismes publics, voire dans certains cas, par des entreprises privées, a suscité des espoirs vers plus de démocratie et une meilleure gouvernance. Dans cette perspective, les objectifs de notre travail sont les suivants : il s’agit de dresser d’abord un état des lieux de l’ouverture des données publiques dans une zone géographique déterminée, observer les usages et évaluer l’utilisation de ces données en nous intéressant aux différents acteurs (qu’ils soient institutionnels, associatifs, privés et ou de simples citoyens), et de voir enfin quel impact a cette initiative de « gouvernance ouverte » sur le lien social, que celui-ci relève du lien de participation élective, organique ou citoyenne (Paugam, 2008). Si pour ce travail de recherche en cours, la région Auvergne et sa capitale, Clermont-Ferrand, constituent notre objet d’étude dans le cadre d’une démarche de recherche-action avec des entretiens semi directifs et enquêtes sur les usages et les enjeux de l’ouverture de données, la dimension comparative au regard du territoire dans une perspective nationale et internationale est tout aussi présente.

Nous nous interrogerons ainsi, en premier lieu, sur les enjeux communicationnels depuis la collecte des données à leur diffusion par l’émetteur, en passant par les intermédiaires censés rendre les données brutes compréhensibles, jusqu’aux destinataires supposés, réels ou inattendus. Pour compléter cette partie, nous tenterons de mesurer le degré de visibilité des données ouvertes auprès des destinataires. Nous nous attacherons aussi au processus de médiation permettant d’apporter du sens aux données brutes incompréhensibles. Qui sont ces intermédiaires (éditeur de logiciel, spécialiste ou amateur éclairé des TIC, chercheur, journaliste, politique, collectif de citoyens, etc.) et quel est leur intérêt ? Comment sont-ils choisis ?

La deuxième partie est consacrée, dans une perspective critique et analytique, aux enjeux démocratiques et sociétaux de l’ouverture des données dont on ne peut évidemment pas contrôler tous les usages, à travers le concept de transparence, de démocratie participative et de lien social. Dans quelle mesure alors l’ouverture des données publiques permet-elle de revitaliser la démocratie au niveau local et peut donc influer sur le lien social, à travers notamment la participation active du citoyen ? La mise à disposition de données en direction du citoyen participe-t-elle du resserrement des liens au niveau d’un territoire, d’un meilleur engagement des citoyens ? Dans le prolongement de cette interrogation, n’existe-t-il pas aussi un risque d’inégalités, tant dans l’accès à l’information que dans l’accès aux sites et à la connaissance des nouvelles technologies ? Dans quelle mesure peut-on établir une limite entre « volonté de publicisation » des données de l’administration publique (Pailliart, 1995), de son action et le réel désir de développer davantage la démocratie au niveau local vers une démocratie participative ? Attendu que l’Internet a tendance, dans la cadre de l’information politique, à rendre les citoyens les mieux informés davantage informés (Vedel, 2006), l’ouverture des données ne risque-telle pas de produire une inégalité supplémentaire dans l’accès à l’information ? Quelles sont les limites de cette volonté de transparence inhérente à l’ouverture des données ? Quel est son impact sur les individus et se dirige-t-on vers une dictature de la transparence (Brebin, 2001) ? En fin, il s’agira de s’interroger sur la place du citoyen dans la société de l’information et de la communication.

 

 

DÉCRYPTER LE DOCUMENT D’ARCHIVES AUDIOVISUELLES, LIMPORTANCE DU CONTEXTE. UN POINT DE VUE À PARTIR DE L’EXPLOITATION DES ARCHIVES DE LA RADIO TÉLÉVISION SÉNÉGALAISE

Hamet BA

Laboratoire GERIICO

Université Lille 3

 

Introduction

Fonctionnant sur ses codes propres, la télévision ne dévoile pas spontanément son fonctionnement au regard. Si ces caractéristiques sont vraies dans l’environnement quotidien du spectacle télévisé, elles le sont encore plus du point de vue de l’archive, car la dimension temporelle ajoute une couche supplémentaire qui « voile » la compréhension du fonctionnement intime du média.

1. Définition de la notion de contexte

Pour le document télévisuel, le contexte regroupe à la fois les circonstances de fabrication (lieu, objet, date, langue) mais également tout un ensemble de dispositifs de la part des professionnels de l’audiovisuel (scénario, filmage, effets spéciaux, artéfacts divers, technique…).

2. Décomposition du contexte pour le décryptage de l’information audiovisuelle

Le décryptage, pour rester dans le langage de l’audiovisuel, s’entend ici au sens de l’analyse.

Nous distinguons cinq niveaux de contexte.

a)         le niveau technique.

Il est hautement déterminant dans l’audiovisuel pour l’esthétique comme pour la datation, par exemple.

b)         le niveau culturel.

La culture est entendue ici au sens large, anthropologique.

La perception diverge souvent du fait de l’appartenance ou non à un groupe culturel, ethnique, du clan ou même générationnel.

Le « sacré » pour les uns, n’est que du folklore pour les autres.

c)         le niveau du genre télévisuel.

La notion de « genre », comme celle de « typologie » qui lui est corrélative, se réfère finalement à des aspects de la réalité langagière assez différents les uns des autres. Notons ainsi : les documentaires, les actualités.

d)         le niveau  du langage audiovisuel.

Il est assez proche du niveau technique et repose, lui, sur des effets de mode, de style. Il y est question de cadrage, d’angles ou prise de vue mais aussi de montage avec des procédés « artéfactuels »

e)         le niveau sémiotique, enfin.

C’est le rapport parole /image.

Donner une signification, un sens à ce que l’on voit est moins évident que décoder un signe verbal. La signification de l’image est plus complexe à saisir que celle d’un signe linguistique.

Conclusion

Le contexte reste central pour l’analyse et la compréhension d’un document audiovisuel. Mais, en Afrique, généralement, la recherche se heurte à l’absence d’éléments relatifs au contexte des documents audiovisuels.

 

LA STRATÉGIE DE MARQUE ENTRE LOGIQUE SOLIDAIRE ET LOGIQUE MARCHANDE : QUELLE APPROCHE DU COMMERCE ÉQUITABLE ?

CAS DE MAX HAVELAAR

 

Cristina BĂDULESCU

Docteure en SIC

Université de Rouen

Zeineb TOUATI

MCF en SIC

Université du Havre

 

 

L’importance prise depuis quelques années par le commerce équitable (défini par le FINE comme un partenariat commercial basé sur le dialogue, la transparence et qui vise plus de respect dans le commerce international) implique des changements dans les stratégies de communication et de marketing mises en place par plusieurs entreprises et organismes internationaux. Les organisations de commerce équitable soutenues par les consommateurs s’engagent activement à soutenir les producteurs, à sensibiliser les publics et à se mobiliser pour des changements dans les règles et la pratique du commerce international conventionnel. Dans ces objectifs, les notions d’éthique et de responsabilité sociale sont fondamentales. Plusieurs entreprises et associations qui se sont engagées dans le commerce équitable se retrouvent aujourd’hui confrontées à l’équation difficile reliant la logique du marché et la démarche équitable et solidaire. Les stratégies de communication et de marketing sont au cœur de ces controverses.

En étudiant le cas de Max Havelaar (association créée en 1992 et qui représente la référence française en termes de commerce équitable) nous nous proposons d’étudier, à travers l’analyse de différents supports de communication, la démarche équitable et son impact sur la stratégie de communication de marque mise en place. En quoi la stratégie de communication menée par Max Havelaar répondrait-elle à une démarche équitable ? En quoi les stratégies conjointes d’élargissement de cible et d’extension du marché (partenariat avec les Grandes et Moyennes Surfaces, partenariat discutable avec MacDonald) iraient-elles à l’encontre de l’éthique équitable ? Comment y remédier face aux consommateurs? Afin de répondre à ces questionnements, nous aborderons une double approche, sémiotique (analyse de contenu des supports de communication) et marketing (étude de marché du commerce équitable et de la stratégie marketing développée). Notre contribution se base sur l’analyse de plusieurs supports de communication répertoriés de 2002 à 2012. Il s’agit plus exactement de l’analyse de contenu de 4 spots TV, 4 publicités radio, l’analyse du logo refait en 2002, l’analyse stratégique des actions hors-média (participation à la Quinzaine du commerce équitable) et l’analyse de la communication numérique via le site internet et la page Facebook. In fine, cette analyse nous permettra de mesurer le degré de compatibilité entre une éthique équitable ou s’inscrirait dans une logique marchande favorisant les producteurs du Nord.

 

 

 

COMMUNICATION DES ORGANISATION ET SOCIÉTÉS D’INTÉRÊT COLLECTIF (SCIC) DE BOIS DÉCHIQUETÉ DANS LES PAYS DE LA LOIRE

 

Valérie BILLAUDEAU

Maître de Conférences en Information et Communication

Université d’Angers

Geneviève PIERRE

Maître de Conférences en Géographie

Université d’Angers

 

La loi française du 17 juillet 2001 a créé un nouveau statut avec la Société Coopérative d’Intérêt Collectif – SCIC, aboutissement d’une réflexion collective sur la création d’entreprise à but social dont l’activité s’exerce dans le secteur marchand. Elle a été conçue pour permettre de structurer des offres de services nécessitant, pour leur mise en œuvre et pour leur gestion, la conjonction de différents partenaires privés et publics, avec la présence des collectivités locales. La SCIC a connu un démarrage assez lent, lié aux lourdeurs administratives ou financières imposées aux créateurs de SCIC et du fait du sociétariat multi partenarial qui complexifie son organisation. Cependant, ce statut ouvre des perspectives entrepreneuriales qui diffèrent du modèle dominant. En effet, cette forme d’organisation a trouvé toute sa place pour des projets répondant à des besoins collectifs d’un territoire et/ou une filière d’activité spécifique favorisant l’activation de ressources (Gumuchian et Pecqueur, 2007) ainsi que des compétences sociales de proximité. Les trois types d’associés (les salariés de la SCIC, les bénéficiaires de l’activité de la coopérative – clients, fournisseurs, usagers, etc. – et les collectivités publiques) induisent des expériences d’engagement et de participation originaux en communication des organisations. Elles empruntent des clés du modèle managérial dominant tout en puisant dans des ressources infocommunicationnelles insoupçonnées.

Les exemples de deux SCIC de bois déchiqueté, Bois Bocage Energie et Haute Mayenne Bois Energie dans les Pays de la Loire nous ont intéressés dans leurs fonctionnements communicationnels parce qu’ils permettent, notamment, de réinterroger et d’illustrer les trois métaphores de Ruth Smith, chercheuse américaine sur les liens entre communication et organisation. En effet, les métaphores du contenant, de production et d’équivalence donnent un point d’entrée à la dualité effet-processus entre la communication et l’organisation que nous permet de mettre en évidence le caractère hybride des SCIC.

Les acteurs concernés sont d’abord des agriculteurs qui n’ont pas vocation à communiquer en dehors de leurs réseaux (les CUMA). Entrepreneurs agricoles habitués à faire face aux imprévus, ils inventent une organisation complexe dans le but de valoriser les haies de leur territoire bocager via l’utilisation de bois-déchiqueté. En créant leur SCIC, ils utilisent un statut original, créent un nouveau marché dans lequel le prix est fixé collégialement, innovent dans du matériel adapté (déchiqueteuses du bois et des chaudières de petite et moyenne puissance), mettent sur pied une organisation d’approvisionnement en circuit court à partir d’une gestion durable de la haie bocagère, trouvent des clients et communiquent efficacement en fonction de leur cible (tripartite). En bref, ils transforment un déchet (les branchages des haies, jusqu’alors brûlés) en une ressource inexploitée jusque-là, grâce à la dynamique effet/processus de la communication et de l’organisation fonctionnant en complémentarité en interne comme en externe.

À partir d’entretiens qualitatifs des acteurs et de l’étude des supports de communication de Bois Bocage Energie et Haute Mayenne Bois Energie, cette communication propose, dans l’axe 2 du colloque, d’analyser la dynamique effet/processus de ces expériences afin d’en faire ressortir les transférabilités potentielles tant sur l’organisation liée au statut SCIC que sur la communication et ses ressources spécifiques.

 

 

LE  PUBLIC ET LE MUSÉE D’HISTOIRE : QUELLES PERCEPTIONS
SUR LA REPRÉSENTATION DE L’HISTOIRE RÉCENTE?

 

Assist. univ. dr. Monica BÎRĂ
Faculté de Communication et Relations Publiques
École Nationale d’Études Politiques et Administratives

Chargé de Cours dr. Alexandra ZBUCHEA
Faculté de Communication et Relations Publiques
École Nationale d’Études Politiques et Administratives

 

Plusieurs orientations font débat aujourd’hui en ce qui concerne le rôle des musées d’histoire et les stratégies utilisées pour communiquer l’histoire. En effet, quand il s’agit de présenter l’histoire récente, ces institutions se retrouvent face à une véritable « provocation de la mémoire », notamment dans le cas des musées dédiés aux sujets difficiles, tel que la Shoah, les déportations, l’émigration, la traite et le communisme.

L’analyse et l’approche critique du passé, et notamment du passé communiste, occupe une place particulière dans les musées de Roumanie. Si pendant la période communiste le discours des musées et les modalités de communiquer l’histoire se trouvaient sous l’aile protectrice de l’idéologie « d’état et de parti », après 1990 un changement c’est forcément produit. Quand même, lorsque nous réfléchissons à l’histoire récente et aux enjeux des expositions qui y sont dédiés, on remarque un certain malaise.

À ce point, s’interroger sur le discours adopté par les musées d’histoire, et notamment sur le discours qu’ils proposent pour la période communiste, signifie sonder les attentes du public par rapport à ce genre de musées. En même temps, la mesure dans laquelle les musées ont su y répondre revient à être examinée.

Cette recherche se propose donc de repérer les principales lignes selon lesquelles le public entend d’évaluer les musées d’histoire, avec un accent particulier sur la présentation de « l’âge d’or ». Il s’agit, en effet, d’assumer une perspective d’analyse qui valorise la dynamique des musées – qui sont passés du soin des choses au souci des personnes (S. Weil, 1999) – ainsi que les enjeux d’appropriations relevés par le contexte social (D. Poulot, 2012) et par la question de la pertinence d’une telle entrée au musée de l’histoire récente.

L’enquête fut menée à travers un questionnaire en ligne ayant enregistré plus de 650 réponses complètes. Compte tenant de cet aspect, il faut donc préciser que les répondants se trouvent dans la catégorie des gens qui se disent d’être intéressés au sujet de l’histoire du communisme.

Les résultats de cette enquête portent donc, dans une première étape, sur l’appréciation générale des musées d’histoire. L’évaluation de la période communiste par rapport à l’histoire de la Roumanie occupe, elle aussi, une place importante dans la démarche de recherche, car il est essentiel d’avoir une perspective globale sur la façon dans laquelle les éventuels visiteurs d’un musée du communisme vont se rapporter à cette période. Une autre catégorie de donnés vise les aspects de la période envisagée dont les répondants estiment qu’ils seront intéressées de connaître mieux, et, par conséquence, de les voir traités dans le cadre d’une exposition / un musée.

 

 

UN MODÈLE CONCEPTUEL POUR COMPRENDRE LES STADES D’ÉVOLUTION DE LA COMMUNICATION ORGANISATIONNELLE

Lukasz M. BOCHENEK

Université de Neuchâtel

Sam BLILI

Professeur des Universités

Université de Neuchâtel

Introduction

Les nouvelles technologies de l’information et de la communication changent la façon par laquelle les organisations et les individus interagissent. Ce n’est pas seulement un changement des moyens de communication et des outils employés, la nature même de la communication, et son contenu en sont transformés. En effet, ce bouleversement est beaucoup plus profond et voir même structurel. Les usagers, les communicants sont plus indépendants dans leurs choix, deviennent omnipotents, omniscients, fond preuve d’ubiquité en étant ici et ailleurs, au travail et en société. Ils peuvent s’appuyer sur un savoir commun pendant le processus de la prise de décision. La complexité croissante des filières et chemin de communication corporatives, exigent une la sophistication des pratiques de communication des preneurs de décisions et des parties prenantes dans les organisations. Ce phénomène relève de l’apprentissage organisationnel, et il convient de les comprendre plus en  profondeur.

Les ONGs, les entreprises ainsi que les organisations intergouvernementales sont présentes et parfois même très actives sur le web 2.0. C’est un constat tellement á la fois banalisé et perdant son ampleur réelle. Jusqu’à peu, dans le domaine de la communication ce sont les entreprises qui définissaient les règles du jeu. Mais, sont-elles encore si en position dominante? Les forums, les portails de partage d’expérience, les achats collectifs – c’est la réalité quotidienne dans les domaines de la vente et des services. Tous ces nouveaux phénomènes ont un impact sur les rapports de forces, les leviers autour desquels les entreprises interagissent avec les forces de la concurrence et du marché. Quelles conséquences sur les modèles classiques de la communication organisationnelles ? La communication persuasive du type « push » ne suffit plus non seulement pour attirer ou capter l’attention des individus. Elle n’est même plus suffisante pour être vue, exister. En même temps, les coûts publicitaires peuvent être diminués grâce à des outils beaucoup moins onéreux qu’auparavant (par exemple, Facebook, pour citer l’outil le plus répandu). Néanmoins, les medias sociaux, ne sont pas seulement les outils pour une communication publicitaire. En premier lieu, ils servent á la construction des relations avec les parties prenantes les plus importantes (les clients, les employées, les journalistes, les leadeurs d’opinion).

C’est un échantillon représentatif des opinions et questions avancées pour comprendre l’importance de ces nouveaux acteurs du  commerce et des affaires électroniques, que sont ces marques qui font déjà partie de nos quotidiens au même titre que Coke, McDo, Frigidaires ou kleenex, mais qui auront, en un temps record, su se rendre indispensable ou devenir des incontournables ingrédients de nos lexiques du parfait consommateur branché. Aujourd’hui on Google pour chercher une adresse, on est plus ou moins Google compatible, on face-bookise ou on twiterise.

Vers un modèle conceptuel

L’apprentissage organisationnel lorsqu’une unité administrative ou de production, plus ou moins grandes, plus ou moins sophistiquée acquiert du savoir faire ou de la connaissance, dont on reconnaît l’utilité potentielle ou effective pour l’organisation. (Morgan, 1986, Raymond et Blili, 2001). De façon plus précise, l’apprentissage résulte de quatre processus (Huber, 1991) : l’acquisition de la connaissance, la diffusion (partage) de l’information, l’interprétation (analyse) de l’information et la mémoire organisationnelle (pour utilisations futures de la connaissance). On en déduit que l’apprentissage aurait pour corolaire indispensable un système d’information de connaissances ou de compétences (collecte, stockage, distribution, application, canalisation et protection des informations ou des compétences). Ceci est vrai aussi bien pour la création de valeur ajoutée, que pour la maitrise d’une problématique ou d’un enjeu organisationnel tels que: l’image de l’entreprise, les actifs intangibles, ou même la communication organisationnelle ou une forme plus sophistiquée de cet enjeu soit le marketing social.

La question de la communication corporative (CC) connaît des bouleversements doubles de nos jours. D’une part, jamais la légitimité des institutions privées ou publiques n’a autant été scrutée à la loupe, et les entreprises n’ont jamais autant été exposées à de possibles lapidations publiques plus ou moins explicables, plus ou moins raisonnées. La quête de légitimité sociale, d’alibis sociétaux a eu pour conséquence d’exacerber les tensions et les investissements en matière de CC. Le marketing est de nos jours social ou n’est plus. D’autre part, l’explosion des TICs, conjuguées à la multiplication des usages et donc des usagers ont fait apparaitre autant de menaces que d’opportunités issues ou causées par ces nouvelles applications des TICs. Les médias sociaux sont la plus probante manifestation des ces menaces et opportunités qui relève d’une certaine « schizophrénie communicationnelle ».  Maîtrisés, ils sont un levier important qui promet d’éventuelles fonctions d’ubiquité. Non maîtrisés ou ignorés, ils peuvent détruire la réputation de l’organisation – un des actifs plus importants pour la perception de la marque. Mais il est évident que la qualité d’intégration de la communication variera d’une entreprise à l’autre ; il en est de même dans un regroupement (cluster)  ou réseau d’entreprises où, théoriquement, une communication « riche » et une synergie devraient se développer entre partenaires d’affaires.

Cette recherche lie la théorie des organisations, notamment celle de l’apprentissage organisationnel, avec les théories de la communication. Ceci permet d’établir un modèle conceptuel de la gestion de la communication qui est applicable à l’ensemble des organisations. Ce modèle montre à la fois le processus de sophistication horizontal (le savoir-faire qui est de plus en plus approfondi), mais aussi, la dimension verticale (le processus de sophistication des outils, par les stratégies pour arriver au niveau du réseau de partenaires). L’application de ce modèle au contexte des organisations, par des études de cas, montre sa fiabilité, et sa pertinence dans l’analyse managériale de la communication.

 

 

L’ENTREPRISE APPRENANTE FACE AUX TECHNOLOGIES NUMÉRIQUES : L’ÉCART ENTRE LA PRESSION DES RÈGLES ET L’AJUSTEMENT D’UNE COOPÉRATION AU TRAVAIL

Philippe BONFILS

Maître de Conférences

Université du Sud Toulon Var

Équipe I3M Nice-Toulon

Michel DURAMPART

Professeur des Universités

Université du Sud Toulon Var

Équipe I3M Nice-Toulon

 

La recherche dont nous voulons rendre compte étudie l’articulation entre des processus documentaires, qui sont plus que des agencements entre une prescription servie par l’information à caractère officiel et une dynamique collaborative (Salün, groupe Pédauque, Guyot, Chartron), et une définition du travail en situation (Zarifian, Conein) reliant des compétences à des contraintes structurelles. De nombreux travaux ont investi le rôle des ajustements dans l’évolution de l’organisation apprenante. Nous voulons regarder plus spécifiquement la mise en  œuvre de la formation dans une organisation multinationale face aux enjeux des dispositifs et supports numériques qui apportent dématérialisation, distanciation, déformation (Casilli). Dans le contexte étudié, une volonté s’exprime de mettre en œuvre  une meilleure adaptation de la formation pour répondre aux attentes de la clientèle dans  une recherche de flexibilité, entre pression des normes, de la réglementation et de la diversité des  pratiques en situation. Cette réflexion se situe donc dans l’hypothèse qu’une autre orientation de la coopération au travail sous l’emprise des technologies numériques soit facteur d’une remise en cause des acquis, des orientations et cultures au travail dans un collectif à priori soudé (Bernard, Durampart). Cette situation prépare en germe l’évolution d’une organisation vers la redécouverte de l’ajustement flexible face à la réglementation dans le contexte d’une conception hybride des régulations du travail tenant compte de l’ajustement, de l’individuation et de la fabrique d’une intelligence coopérative stimulée par une volonté d’innovation insérée dans les pratiques  (Alter, Moeglin).

Nous proposons donc, à partir d’une focalisation sur un état des lieux des recherches sur les thèmes convoqués, d’étudier les écarts qui appellent (anticipent) une autre définition  des référents de la coopération au travail. L’investigation scientifique s’appuie sur des travaux en cours à travers une recherche action en milieu industriel contractualisée avec une firme internationale agissant sur le terrain du transport aéronautique que nous décrirons dans son contexte et sa nature (mais que pour des raisons de confidentialité prégnantes nous ne pourrons définir qu’avec une grande prudence). Nous montrerons par quelle méthodologie nous abordons ces questions complexes. Il s’agit notamment de déployer un dispositif qualitatif basé sur des premiers entretiens collectifs afin de dégager des pistes de réflexions sur la culture d’entreprise, la conduite du changement, les processus actuels de communication, la structuration de la formation et les contraintes règlementaires. Des entretiens individuels seront ensuite conduits sur la base d’un dépouillement final du premier corpus. La scénarisation d’un cas d’usage permettra ensuite de développer un prototype expérimental qui permettra de conduire des test d’usages qualitatifs et quantitatifs.

Les problématiques que nous voulons aborder se fondent sur :

Une remise en question de l’articulation des processus documentaires avec la structuration de formations à la maintenance en direction des clients, qui agit sur la mise en cause des pratiques de formation et qui s’avère fondatrice de nouvelles références dans la culture organisationnelle. Il nous reviendra de montrer à quel point cette contrainte limite l’innovation en termes de conception tout en fournissant un socle d’homogénéité et de garantie du lien formation/activité pour cette organisation. C’est bien la question des formes de l’activité au travail qui sont  en jeu et que l’enjeu d’une insertion des technologies numériques vient à la fois stimuler et perturber en ne faisant que raviver la nécessité d’une évolution des stratégies de l’organisation pour faire face aux attentes de son environnement.

La fabrique de la formation elle même sera dévoilée du point de vue des limites qu’elle impose à l’adaptation d’une coopération en situation. Ceci s’avère crucial puisque que les outils de type immersifs, simulation, numérisation d’une reproduction des taches et de la documentation, viennent pour le coup bousculer des pratiques attachées au bien faire et au respect de normes et de conceptions adaptées (Peraya, Bonfils).  Nos enquêtes  montrent le point de résistance ancré chez les acteurs clefs quant à leur  regard sur l’épineuse question de la transmission qui est  directement liée aux enjeux d’une cognition partagée et adaptée (Conein, Muhlmann, Metzger, De St Laurent Kogan). Comment retrouver la minutie, le respect d’une conformité, le toucher, la précision, dans un processus informationnel, documentaire et fonctionnel numérisés menaçant d’amoindrir la transmission d’un savoir régulé, normé et conforme. Une crainte s’exprime face au risque d’une dérive qui vienne disloquer la parfaite concordance des buts de formation au regard d’une maintenance sécurisée et règlementaire. Le retracé de la recherche montrera la complexité d’une asymétrie entre l’expression d’une exagération d’une conformation à tout prix  mais qui s’avère également légitime et nécessaire et la manifestation d’une attitude innovante qui peut aussi prendre le risque de nier cette impérieuse nécessité du fait d’une confiance déterministe dans le pouvoir de la technologie.

De ce fait, ce sont les conceptions et représentations managériales et stratégiques qui orientent l’organisation apprenante et réactive face à ses fondamentaux culturels et opérationnels qui suscitent un écart entre la cellule des managers, concepteurs, ingénieurs face aux instructeurs et représentants de la maintenance. Cette fracture est stimulée  par les attentes de flexibilité d’une clientèle plus soucieuse d’apparentement à leurs activités que d’une conformation impérative. A l’inverse, la crainte du risque d’un déclin de la précision au service d’une formation conforme et vigilante, se manifeste pleinement. Les dispositifs et outils numériques accentuent et révèlent l’enjeu d’une nouvelle forme de flexibilité hybride remettant en question le lien indéfectible entre processus documentaire, formation, service aux clients. Après des années de processus de qualité, d’intelligence économique, de contrôle de l’activité globalisée, il est bien possible que l’intrusion de la « culture numérique » soit le germe d’une fracture dans la coopération au travail. Cette situation interpelle autrement les procédures de circulation des connaissances à travers la redécouverte d’un ajustement coopératif au travail qui questionne à nouveau les notions d’intelligence organisationnelle et d’entreprise apprenante (Hatchuel, Hutchins). En définitive, nous voulons contribuer, à travers ce cas spécifique, à étayer une réflexion sur la relation entre normes, formes documentaires et ajustement au  travail en étudiant l’état intermédiaire des fractures et écarts au sein du processus de formation défini comme le socle d’une évolution réactive et innovante de l’organisation. Il s’agit de démontrer, dans l’exemplarité d’un terrain, que les notions d’entreprise apprenante, de culture organisationnelle sont bousculées par les technologies dites intelligentes (Noyer), ce qui revient bien à analyser le poids de la diffusion de la connaissance en situation comme prisme majeur d’une nouvelle forme de régulation flexible et hybride des collectifs au travail.

 

 

UNE CULTURE DE L’USAGE DU NUMÉRIQUE POUR MIEUX GÉRER

NOS BIBLIOTHÈQUES UNIVERSITAIRES

 

Azzedine BOUDERBANE

Professeur des Universités

Université de Constantine 2 – Algérie

 

 Nadjia GAMOUH

Professeur des Universités

Université de Constantine 2– Algérie

 

 Kamel BOUKERZAZA

Doctorant

Université de Constantine 2– Algérie

  Khadidja BOUKHALFA

Doctorante

Université de Constantine 2– Algérie

 

La société connaît une mouvance exceptionnelle où le développement technologique génère une métamorphose sans précédent sur tous les plans. Le numérique est bien présent dans les nouveaux espaces de cette société. De nouvelles manières de communiquer se mettent en place. Une administration électronique s’introduit progressivement dans nos institutions d’une façon générale, et dans nos bibliothèques universitaires d’une façon particulière. Certaines de ces institutions documentaires abordent hâtivement la gestion des documents numériques. D’autres prennent trop de temps pour s’y adonner. Le succès dans l’administration électronique d’une bibliothèque virtuelle, et la réussite dans la gestion de l’information numérisée et de la lecture sont parfois le résultat du positionnement des gestionnaires de ces institutions documentaires. Ce positionnement témoigne non seulement d’un choix, mais surtout de leur volonté, de leur conviction, de leur engagement, de leur culture et de leur socialisation par rapport à des enjeux démocratiques et déontologiques relatifs à ce nouveau type de gestion. Il est souvent difficile d’intégrer l’administration électronique dans les projets de développement de la gestion des institutions sans assoir une culture de l’usage des technologies.

–          Quelles description et analyses peut-on faire des usages de ces technologies dans les bibliothèques universitaires algériennes ?

–          Comment ces technologies de numérisation se développent-elles dans le pays ?

–          Sont-elles maîtrisées par les gestionnaires des bibliothèques universitaires ? Sont-elles acceptées ? Pour quels enjeux ?

–          L’engagement des gestionnaires à opter pour le numérique a-t-il une importance dans le processus de communication ? Quelles relations peut-on y construire ?

–          Doit-on réfléchir à des stratégies de formation de gestionnaires de bibliothèques universitaires pour une meilleure sensibilisation quant aux  usages de ces technologies ? Si oui, dans quel intérêt ?

Toutes ces interrogations sont à la base d’une vraie problématique qui nécessite une réflexion approfondie et une réelle communication d’une part entre les spécialistes de l’information et de la documentation, et d’autre part au sein même de la société.

Notre étude sera soutenue par une enquête auprès de gestionnaires de bibliothèques universitaires de tout l’Est algérien. La collecte de données qualitatives et l’adoption de l’approche descriptive et analytique nous permettront d’aboutir à des résultats significatifs.

 

 

 

LA RÉSILIENCE TERRITORIALE : EFFET DE MODE VERSUS PARADIGME NOUVEAU

 

Eric BOUTIN
Université de Toulon

Joseph MOUKARZEL
Université Kaslik – Liban

Elisabeta POMEANU
Université Technique « Gheorghe Asachi » de Iași

Stéphane AMATO
Aix Marseille Université

Michel DURAMPART
Université de Toulon

 

Contexte :

Dans un environnement turbulent et agressif, les organisations sont soumises à des évènements extérieurs susceptibles parfois de les déstabiliser et de les faire disparaître. Ce contexte explique la multiplication de travaux surtout anglo-saxons qui étudient la résilience sous l’angle des organisations. La résilience se définit alors comme la capacité de l’organisation étudiée à faire face à un choc extérieur.

Ce papier propose un état de l’art du concept de résilience et étudie l’intérêt de la transposition du concept au domaine des organisations. Ce concept de résilience doit-il être considéré comme une mode, un habillage de concepts anciens ou plutôt un paradigme nouveau et fécond ? Nous réaliserons un focus sur une forme organisationnelle particulière et étudierons le concept de résilience territoriale. Une étude de cas nous conduira à tester le concept de résilience sur la nation libanaise qui, malgré les chocs successifs, a réussi à se recomposer se dotant à chaque fois d’une couche supplémentaire de protection. L’observation de ce phénomène dans l’espace et le temps nous permet de constater que ce n’est pas par le biais du renforcement de la « carapace » ou des systèmes défensifs intérieur-extérieur qu’il permet de protéger le cœur névralgique du groupe, mais par une sorte de flexibilité de ses éléments constituants qui réagissent séparément aux chocs. La résilience serait, dans le cas du Liban, promotrice d’une complémentarité entre certaines couches hétérogènes ou conflictuelles, par le biais d’une autonomie d’action.

État de l’art :

En France, le concept de résilience s’est fait connaître dans le domaine des SHS par les travaux des psychologues (Cyrulnik, 2012). La résilience correspond alors à la capacité d’une personne exposée à un évènement traumatisant à retrouver un état physique et psychique stable.

Ce concept de résilience est également présent dans les sciences de la matière. Pour les ingénieurs (Holling, 73), la résilience désigne la capacité d’un système à retrouver un état d’équilibre après une perturbation. Plus le système revient rapidement à l’état antérieur, plus il est résilient. En écologie (Holling, 1996), la résilience correspond à la puissance de la perturbation qu’un système est capable d’encaisser sans changer de structure.

Plus récemment, le concept de résilience socio écologique a vu le jour. Il s’intéresse à la capacité d’un système socio-écologique à se transformer suite à un choc. Il s’agit sans doute de la forme de résilience  qui est la plus proche de ce que nous appelons résilience territoriale.

Questions de recherche:

Cette communication pose la question de l’opportunité de la transposition du concept de résilience au monde des organisations territoriales. Au delà de l’effet de mode, quel est le potentiel de cette notion? Désignerait-elle comme dans les sciences de la matière la capacité à retourner à un état antérieur? Serait-elle comme dans les sciences de l’homme la force de retrouver un état de stabilité interne? Ou serait-elle, comme dans le cas des nations « exposées », une capacité de restructuration par une mutation permanente dans le fond et la forme permettant l’adaptation aux situations nouvelles tout en conservant une part d’identité originelle?

Méthodologie :

Afin de répondre à cette question de recherche, nous allons mettre en œuvre un pluralisme méthodologique :

–          Une approche bibliométrique par l’analyse de la citation, réalisée sur un corpus de publications récentes du domaine de la résilience permettra de faire ressortir les héritages de cette notion, les pères fondateurs du concept et de dégager son front de recherche actuel. Il permettra de faire la part des choses entre l’habillage de termes usés et une notion émergente

–          Une approche plus humaine de cet état de l’art permettra de dégager les enjeux du concept de résilience appliqué au territoire, ainsi que les méthodes et outils à déployer pour opérationnaliser  ce concept.

Discussion :

Ce rapide état de l’art permet de dégager quelques grands invariants de la résilience et quelques pistes qu’il serait intéressant d’interroger dans la perspective d’une transposition du concept au domaine de la résilience territoriale:

–          Le point de départ est la brutalité de l’exposition à un choc extérieur.

–          Le point d’arrivée est la capacité à revenir à un état antérieur ou à un état stable.

–          L’enjeu est de définir le cheminement ou le fonctionnement du système et d’essayer de voir la manière dont le changement opère dans la nature même de l’organisation du point de vue interne (dans sa structure constituante et identitaire) et externe (dans sa vision du monde et son rapport à l’environnement)

–          Il est intéressant de positionner le terme de résilience par rapport à celui de résistance, ou de déni de réalité (une sorte de schizophrénie ou d’état second), ou déni de « présence » (dans le sens d’effacement ou de non-existence)

–          La résilience peut également s’étudier dans une perspective diachronique.

Ces points méritent d’être discutés dans la perspective d’une transposition du concept dans  le domaine des organisations territoriales :

–          Le concept de brutalité et de soudaineté de l’évènement extérieur  s’est traduit par différents terrains d’études dans des contextes de crises survenues suite à des évènements naturels (tremblement de terre, ouragan) ou guerres. Toutefois, il est important de noter que si le changement peut se manifester brutalement, les organisations sont aussi soumises  à des changements incrémentaux graduels, à des transformations  silencieuses (Jullien) qui si elles ne sont pas détectées suffisamment tôt s’imposeront à l’organisation. Abandonner l’approche par le changement brutal et accepter le concept de changement incrémental complique les choses car cela oblige l’organisation à mettre en place les heuristiques permettant de détecter le changement.

–          La capacité du système à retrouver son état d’avant est envisageable dans le domaine des sciences dures, beaucoup moins dans le domaine des systèmes intégrant une dimension sociale. Dans de  tels systèmes, la résilience ne permet pas de revenir à l’état d’avant mais de permettre la transition d’un état du système à un nouvel état stable du système différent du premier. Cette vision correspond au modèle de Gunderson & Holling (2002) de cycles adaptatifs. Un système évolue en permanence au sein d’un mouvement en spirale représentée par la boucle infinie marquée par 4 étapes : croissance, conservation, destruction créatrice, réorganisation. Une perturbation du système est de nature à le faire sauter d’un état à un autre état représenté par une nouvelle boucle infinie (Holling, 1986)

D’après Gunderson & Holling (2002)

La résilience constitue un changement paradigmatique en ce qu’elle propose de passer d’une vision  défensive de la gestion organisée autour du contrôle et de la gestion des risques, de la recherche de stabilité du système, du contrôle de gestion. Cette vision défensive s’accompagne souvent d’un discours sur la vulnérabilité, l’incertitude. A l’inverse, l’autre vision est orientée vers la flexibilité, l’adaptation, l’agilité de l’organisation et les potentialités créatrices ouvertes par le changement.

–          résilience versus résistance. La résilience consiste à se mettre en état d’attente, à laisser passer l’orage, à se replier sur soi, à s’isoler, à se laisser le temps de se reconstruire, à repenser sa place  dans une nouvelle articulation avec environnement.  La métaphore de la chrysalide qui disparaît et se transforme en papillon est intéressante. La résilience est donc tout le contraire de la résistance.

–          Etudier la résilience dans une perspective diachronique. L’hypothèse selon laquelle l’exposition passée à des chocs renforce la capacité de résilience peut être testée. Cette hypothèse revient à dire que la résilience se construit et se renforce au fil des épreuves, qu’il y a un apprentissage de la résilience et le développement d’« anticorps » pour les organisations exposées.

 

 

PEUT-ON ENCORE PARLER DE COMMUNICATION INTERNE?

 

Vincent BRULOIS
LabSIC, Université Paris 13
PRES Sorbonne Paris Cité

Jean-Marie CHARPENTIER
Docteur ès SIC
Chercheur associé au LabSIC

 

Dans les années ’80, la grande entreprise s’est érigée en institution centrale de notre société démocratique. Elle a investi l’espace public en y apportant ses thèmes, ses références et sa représentation du monde. Elle a ainsi établi, en particulier à travers la corporate governance, des normes pour son propre compte et bien au-delà. Cette représentation a toujours cours malgré la crise. A divers titres pourtant, on assiste à un phénomène de débordement de la société dans l’entreprise par un surprenant retour de balancier. Un sujet comme la RSE, aussi instrumenté soit-il, traduit une interrogation dans le rapport que l’entreprise entretient avec la société. Ce rapport est de plus en plus politique. L’entreprise est en effet interpellée par des acteurs plus nombreux – des parties prenantes ou opposantes – qui la somment de répondre, sous peine de voir atteintes sa réputation, sa marque, son image.

Ce contexte général est à rapprocher d’un constat portant sur la communication. Sur la même période, l’entreprise a d’abord construit sa communication sur une segmentation des publics et une répartition des tâches : à la communication interne, l’espace de l’information et de la valorisation en direction des salariés; à la communication externe, la publicité de produit ou de marque par la mise en valeur d’une image flatteuse et d’un discours  mélioratif.

Que vaut cette distinction entre externe et interne en 2013? A-t-elle encore un sens quand les frontières de l’entreprise semblent se dissoudre? Peut-on encore parler de communication interne? Après tout, le salarié n’est-il pas un client interne, une cible comme une autre, voire une simple ressource? La logique des parties prenantes tend à gommer la différenciation des publics au profit d’une approche homogénéisante. Traces visibles de cette croyance, la communication externe efface désormais son qualificatif pour devenir toute la communication. Tant et si bien qu’une communication, centrée pour l’essentiel sur une logique de marque, semble désormais envahir tout le champ de la communication de l’entreprise, ravalant la communication interne au rôle de butte témoin d’une réalité ancienne. Victoire par KO ? Nous ne le pensons pas. Bien au contraire, nous faisons l’hypothèse que la communication interne non seulement existe, mais correspond à un champ en plein essor, sans doute dans une acception différente de celle qui prévalait au départ comme contrefeux de la critique sociale.

Dans les transformations en cours, l’entreprise fait face à un déficit de cohésion interne et la communication intervient pour une large part au cœur de l’entreprise et de ses complexités, au plus près du travail et des situations vécues par les salariés. Au cœur de l’entreprise, car le communicant vérifie chaque jour la difficulté de diffuser une information très lissée, passée au tamis des « éléments de langage », constatant jour après jour, au sein du corps social, le peu de crédit de la parole officielle ou de la belle image projetée. Au plus près du travail aussi car les salariés éprouvent en même temps un réel besoin d’explications sur le sens de ce qui est en train de se passer et de mise en discussion de leur travail. Au fond, c’est selon nous autour du social que se joue l’essentiel de la communication et cette dimension ne peut être traitée en extériorité par une approche de marque en surplomb largement désocialisée. Le communicant est donc en première ligne face à ces transformations qui appellent à sortir du monologue de la com’ pour construire une communication plus dialogique. L’espace de la communication interne est au fond celui du dialogue et de la négociation entre des points de vue sur l’entreprise. C’est en ce sens que la communication a une dimension politique.

Nous construirons notre propos à partir de données recueillies dans une enquête de terrain (entretiens), menée depuis 2009 et toujours en cours, dans le cadre de l’AFCI. Nous les complèterons par les résultats des baromètres et autres études professionnelles sur la communication interne. Enfin, l’analyse de ce corpus se fera à l’intersection de trois mondes : celui des SIC, celui de la sociologie et, à moindre échelle, celui des sciences politiques.

 

 

CAMPAGNES DE RESPONSABILITÉ SOCIALE DES ENTREPRISES COMME PRODUITS DE L’INTERPRÉTATION.

VERS UNE ANALYSE COMPARATIVE DES CAS KELLOGG’S ET KFC

 

Aurora BURCA
Doctorante en Sciences de l’Information et de la Communication
Université Paul Valéry de Montpellier 3

 

En s’appuyant sur le postulat que les campagnes de responsabilité sociale des entreprises (RSE) sont des produits de l’interprétation, nous nous proposons d’analyser de manière comparative à travers l’outil méthodologique des formes symboliques accueillies en Sciences de l’Information et de la Communication par Stefan Bratosin (2007, 2009) et surtout à travers la pensée mythico-religieuse deux campagnes des deux géants de l’industrie alimentaire : Kellogg’s et KFC.

Le choix de la méthodologie des formes symboliques dans le territoire des communications des organisations est dès lors de ne faire de la sphère de la description et de la désignation qu’un lieu de passage vers la sphère de l’intuition (Bratosin ; Tudor-Ionescu, 2009). Nous nous intéressons aux campagnes de RS au-delà des constructions données, au-delà de la vision passive des produits finis proposés à l’esprit. C’est-à-dire au-delà des données explicites des campagnes de Kéllogg’s qui mettent en avant les quatre enjeux – Santé, Accessibilité, Nature, Hommes –, ou bien des campagnes KFC qui mettent en avant les valeurs humanitaires et environnementales.

Il s’agit, finalement, de se placer au milieu de l’activité de l’esprit et d’observer ces campagnes non pas comme une donnée, mais en les considérant comme des fonctions et actualisations surtout de la pensée mythico-religieuse.

 

 

L’IMPLANTATION DE « L’ENTREPRISE CITOYENNE » FRANÇAISE EN ROUMANIE : STRATÉGIE DISCURSIVE DE LÉGITIMATION À L’ŒUVRE

LE CAS D’APA NOVA BUCUREȘTI

 

Claire BURLAT
Enseignant-chercheur
SciencesCom, Audencia Group

 

Les entreprises développent depuis deux décennies des discours mettant en exergue leur responsabilité vis-à-vis de la société (D’Almeida, 1996). Ces discours peuvent être considérés comme des expressions renouvelées de meta-récit, au sens du concept utilisé par François Lyotard (Lyotard, 1978). Fondés sur diverses stratégies narratives, de tels dispositifs discursifs valoriseraient les nouvelles formes d’engagement de l’entreprise dans le but de créer du sens (D’Almeida, 2001). Ainsi, les discours autour de la responsabilité sociale de l’entreprise viseraient-ils à réenchanter l’entreprise et à donner une lisibilité à une réalité sociale devenue complexe (Morin, 1990) au point d’en être intelligible.

Notre communication s’inscrit à ce champ théorique, se centrant plus particulièrement sur les discours des entreprises présentant leur activité comme une mission d’utilité publique et d’intérêt général. Nous interrogeons la question suivante : dans quelle mesure, les discours, fondés sur la valorisation de « l’entreprise citoyenne », sont-ils des stratégies de légitimation de leur  activité ?

Notre réflexion, se situant dans l’axe 2 du colloque (« Ethique appliquée et responsabilité sociale des organisations »), est menée au travers du cas de l’implantation de Veolia Environnement en Roumanie dans les années 2000. Cette entreprise multinationale française gère des services publics municipaux en gestion déléguée. En France, elle a particulièrement développé un discours propre aux institutions publiques (Burlat, 2010). Ce discours est utilisé comme argument commercial lors du développement international: l’entreprise propose une amélioration des services municipaux, liée à un mode de gouvernance de l’action publique locale et à une politique de gestion des ressources humaines qu’elle a qualifié elle-même de « modèle social ».

Notre communication se fonde sur des travaux de thèse conduits en 2006 au sein d’Apa Nova București, la filiale roumaine de Veolia Eau à Bucarest. Nous abordons une analyse diachronique du discours de Veolia Environnement, fondé sur des valeurs démocratiques et d’utilité sociale, et déployé lors de l’implantation en Roumanie. Nous présenterons la manière dont ce discours a été utilisé comme une stratégie de légitimation des activités de la firme, à partir d’une analyse d’entretiens menés avec des dirigeants et des expatriés français, et des salariés roumains, en 2006 et 2007. Dans un second temps, nous analyserons la manière dont ce discours citoyen a évolué depuis, au travers d’une analyse discursive du rapport annuel d’activité et du site internet d’Apa Nova București et d’entretiens avec les dirigeants et des cadres de la filiale roumaine.