Résumés des chercheurs dans les panels scientifiques

 

LA CONSTRUCTION DES PROBLÈMES PUBLICS
EN ROUMANIE: DISCOURS ENTREPRENEURIAL
ET ENJEUX IDENTITAIRES

Camelia BECIU
Professeur des Universités
École Doctorale en Sciences de la Communication
École Nationale d’Études Politiques et Administratives

La communication que nous proposons se focalise sur l’imbrication du discours entrepreneurial et du discours identitaire dans la légitimation des problèmes publics. De quelle manière les médias et les acteurs politico-institutionnels mobilisent un langage et des arguments entrepreneuriaux afin de consacrer des problèmes à visée identitaire, tels l’image du pays en termes de réputation ou l’adhésion de la Roumanie à l’UE suivie peu après par la crise économique? En Roumanie « nation branding » (l’image de marque) est non seulement un concept consacré par les approches de type expert, mais aussi un problème public. Les actions des gouvernements (plusieurs campagnes de construction de l’image du pays) acquièrent de la visibilité publique tout en étant débattues et contestées. De même, la gestion de la communication sur l’Europe institue des imaginaires sur « les compétences » et « les savoirs ». Débattre sur ces sujets en termes de « découpage », de « classement », de « compétences » ou de « catalogage » confirme l’usage, par les journalistes et les décideurs, d’une rationalité technique propre au marketing et à la rhétorique managériale. Selon l’une des prémisses de la recherche, la construction des problèmes publics révèle une sorte de déterminisme symbolique de l’agir décisionnel : le cours du changement social peut être maîtrisé en structurant le débat autour des enjeux « mesurables » et des identités concurrentielles.

 

ACTUALITÉ ET QUESTIONS VIVES
EN COMMUNICATION DES ORGANISATIONS

 Françoise BERNARD
Professeur des Universités – EJCAM
Sciences de l’Information et de la Communication
Directrice de l’IRSIC – EA 4262 Aix-Marseille Université
Vice-présidente du CNU section 71
Présidente d’honneur de la SFSIC

La communication des organisations est un domaine de recherches et d’études très riche et diversifié. La production scientifique peut être classée selon plusieurs catégorisations (pluridisciplinarité et théorisations, objets et pratiques de recherche, pluralisme méthodologique, formes organisationnelles, etc.) et selon une perspective à la fois diachronique et synchronique.

Cette présentation met en perspective quelques enjeux cruciaux et questions vives portant sur des travaux récents. Elle propose notamment de regarder comment des formes organisationnelles émergent dans la dynamique de questions de société majeures, par exemple celles de l’environnement et du « développement durable » et comment l’analyse des pratiques sociales, culturelles et professionnelles associées à ces formes émergentes contribue à déplacer et reformuler certaines questions plus classiques concernant la pensée et l’agir communicationnels.

LA COMMUNICATION COMME POUVOIR
DANS LE PARADIGME DE LA RÉALITÉ RAISONNÉE
DES ORGANISATIONS

Stefan BRATOSIN

Professeur en Sciences de l’Information et de la Communication
Université Paul Valéry de Montpellier 3

Alors que la plupart des recherches explicitent les communications organisationnelles à partir de la réalité objective ou en objectivant, dans la mesure du possible, la réalité subjective de la production de sens en contexte organisationnel, l’objectif de cette intervention sera de proposer la réalité raisonnée comme lieu incontournable pour la compréhension scientifique des enjeux, des problématiques et des pratiques organi-sationnelles de la communication comme pouvoir. Il s’agit d’un nouveau regard disciplinaire sur la communication comme pouvoir dont les fondements ontologiques et épistémologiques reposent sur le postulat que le domaine des sciences de l’information et de la communication est une délimitation fonctionnelle – c’est-à-dire elle permet d’expliciter la communication – seulement si elle est appréhendée comme résultat d’une réduction herméneutique.

INTERACTIVITÉ ET INTERCULTURALITÉ:
LES ENJEUX CONTEMPORAINS EN ORGANISATION

Bertrand CABEDOCHE
Professeur de Sciences de l’Information et de la Communication
Université Stendhal de Grenoble
Chercheur au Gresec et titulaire de la chaire UNESCO
Communication internationale
Président du réseau mondial (ORBICOM) des chaires UNESCO

Parce que l’organisation est depuis longtemps considérée comme un système ouvert, sa communication intègre nécessairement des problématiques qui la dépassent. Les principaux enjeux dont elle témoigne renvoient ainsi à des questions également débattues en d’autres lieux. Par exemple, le développement de sites producteurs d’informations sur le mode interactif interpelle la définition des espaces publics, dont, par exemple en communication territoriale, on a déjà interrogé la dimension symbolique, jusqu’à la réduire au niveau d’une démocratie événementielle. L’interactivité proclamée pose encore la question de l’instrumentalisation de la diversité affichée par l’entreprise, dont la sociologie pragmatique française a déjà réinscrit l’intentionnalité et la référence à la société connectioniste dans le cadre de la Cité par projet. Les usages et pratiques des technologies de l’information et de la communication mobilisent parallèlement les avertissements souvent désespérés de la recherche en sciences humaines et sociales, contre les lectures déterministes qui leur attribuent la clé du changement social, comme il continue à être fait état dans les médias dominants s’agissant des mouvements sociaux en pays arabes. Enfin, la réhabilitation de l’individu, dans sa pratique consumériste et communicationnelle, comme dans ses inscriptions collectives, invite à relire la question des identités, dont le brassage permanent oscille entre crispation traditionaliste et interstitialité flottante.

 

LE RÔLE DE LA SOCIÉTÉ SAVANTE (SFSIC)
DANS L’ANIMATION SCIENTIFIQUE

Christian LE MÖENNE
Professeur des Universités
Université Européenne de Bretagne – Rennes 2

La société Française des Sciences de l’information à joué un rôle majeur dans la constitution, dans les années soixante dix, d’une discipline reconnue au sein de l’Université Française et institutionnalisée dans une section du Conseil National des Universités, instance qui, en France, définit les critères de reconnaissance des enseignants chercheurs et les inscrit, après sélection de leur dossier, sur la liste de qualification, leur permettant de candider sur des postes de Maîtres de Conférences et de Professeurs des Universités.

La SFSIC a été longtemps en tension entre une logique scientifique et une logique politicienne, voyant prolonger en son sein des tensions politiques et syndicales qui agitaient différentes conceptions de l’université et de la recherche. Dans ce contexte, une confusion a longtemps existé entre logiques idéologico-politiques et logiques scientifiques, critique idéologique et critique scientifique. Divers courants de recherches étaient considérés comme non légitimes à priori, sans que soient pris en comptes les recherches, conceptualisations, résultats.

Les recherches sur les communications organisationnelles ont longtemps souffert de cette situation qui résultait d’une confusion entre organisation, entreprise, capitalisme, etc… confusion d’ailleurs construite et entretenue par les instances dirigeantes des milieux patronaux et managériaux, qui rejoignaient par là les points de vues prétendument « critiques ».

La création d’un groupe d’études et de recherches, qui fut reconnu par la SFSIC, le Groupe Org & co, fut une modalité de recommencer a dépasser des blocages et des exclusions à priori, qui pesaient sur les chercheurs et les équipes qui travaillaient sur cet objet et ces pratiques sociales.

Tout ceci souligne que la création de sociétés savantes est utile et nécessaire pour l’institutionnalisation de la recherche, mais que cela ne suffit pas à légitimer les disciplines émergentes, qui doivent toujours s’ouvrir un espace théorique et pratique de façon critique et en tension avec d’autres champs scientifiques. La posture des responsables des sociétés savantes et leurs conceptions de la recherche et de la science sont dans ce contexte essentielles pour permettre l’innovation et l’ouverture.

 

RATIONALITÉ ET NÉGOCIATION
DANS LA MÉTAMORPHOSE DES UNIVERSITÉS

Ioan PÂNZARU
Professeur des Universités
Faculté de Langues et Littératures Étrangères
Université de Bucarest

La dynamique actuelle du capitalisme ne peut contrôler le taux de croissance globale et pratique la stratégie de la fuite en avant. Les universités sont instrumentalisées afin de fournir des effectifs énormes. Comme l’écrivait un journaliste du New York Times, on a besoin d’un milliard de cerveaux pour résoudre les problèmes du monde actuel. Face à cette candeur, les gouvernements et les chefs des universités font preuve d’imagination en proposant des justifications diverses, parmi lesquelles les fameux rankings. L’argumentaire de certaines de ces politiques sera examiné dans la perspective de la rationalisation wébérienne.

 

LA RESPONSABILITÉ SOCIALE DES ORGANISATIONS
MÉDIATIQUES : UNE INJONCTION PARADOXALE?

Nicolas PÉLISSIER
Professeur des Universités
Université de Nice – « Sophia Antipolis »

Plus que jamais, les organisations médiatiques sont sollicitées, par les pouvoirs publics comme par la société civile, pour se comporter de façon vertueuse en acteurs socialement responsables.

Néanmoins, il semblerait aussi que leur fonctionnement actuel ne les prédispose guère à adopter un tel comportement. Les incantations sans cesse renouvelées à la déontologie dissimulent de plus en plus mal des pratiques qui vont à rebours des valeurs prônées.

Certains chercheurs se demandent même si la prolifération des discours sur la responsabilité sociale des journalistes ne contribue pas à accroître encore davantage le fossé qui se creuse entre les organisations médiatiques et les citoyens, en dépit des nouvelles opportunités offertes par le web collaboratif. Dans cette contribution, nous tenterons d’expliquer, à la lumière de la sociologie du journalisme et de la pragmatique de la communication, les raisons de cette dynamique paradoxale. Puis nous proposerons des pistes de réflexion pour redéfinir les contours de l’efficacité éthique de la médiation journalistique à l’ère des réseaux socio-numériques et de la concurrence croissante entre les sources d’information d’actualité.

 

BIBLIOTHÈQUES ROUMAINES
DANS L’ÈRE NUMÉRIQUE – DÉFIS ET ENJEUX

Mircea REGNEALĂ 
Professeur des Universités
Département des Sciences de la Communication
Faculté des Lettres, Université de Bucarest

Après la chute du communisme, les bibliothèques roumaines ont entré dans une phase de profonde réforme qui n’est pas encore terminée. Parmi les premières mesures prises étaient les suivantes : l’élimination des lois défavorables aux bibliothèques, le rétablissement de l’éducation bibliothéconomique secondaire et universitaire pour un nouveau statut de la profession, l’établissement des associations professionnelles pour soutenir la profession de bibliothécaire, les efforts visant la construction de nouveaux bâtiments pour les bibliothèques, la participation des bibliothécaires roumains à des réunions internationales, les programmes d’échange inter-bibliothèques avec d’autres pays. Dans les années qui suivirent, les efforts des bibliothèques roumaines ont été dirigés vers l’assimilation de nouvelles technologies liées à l’accès des utilisateurs plus rapidement à l’information et aux documents, entre autres l’informatisation et l’automatisation des bibliothèques a été la première cible. De nouveaux règlements ont été élaborés pour tous les types de bibliothèques en conformité avec les normes internationales et les exigences des lecteurs roumains. La réalisation législative la plus importante dans les années de la démocratie post-communistes a été la Loi des bibliothèques, publiée en 2002. Cet acte législatif a regroupé toutes les décisions antérieures du gouvernement dans un seul document réglementaire. En plus, on a formé La Commission nationale des bibliothèques, autorité scientifique nationale pour les bibliothèques. L’année 2012 nous a apporté de bonnes nouvelles – le 23 Avril, le Jour du bibliothécaire, a été inauguré le nouveau bâtiment de la Bibliothèque Nationale.

 

DYNAMIQUE ET COMPLEXITÉ PLURIDISCIPLINAIRE EN
COMMUNICATION DES ORGANISATIONS

Adela ROGOJINARU
Maître de Conférences
Département des Science de la Communication
Faculté des Lettres, Université de Bucarest

La communication organisationnelle s’est développée dans un champ de recherche assez fécond et prolixe, défini par l’articulation hybride des nombreuses approches et concepts parfois difficiles à tracer dont l’occurrence produit un effet de polyphonie. Le sujet de cette proposition de conférence porte sur les aspects problématiques des voisinages interdisciplinaires de la communication organisationnelle, en soulignant les contributions des diverses disciplines concurrentes. Le corpus des ouvrages utilisés appartiennent aux auteurs roumains qui se sont fait remarquer dans les domaines connexes de la communication managériale, des relations publiques ou du marketing.

Il s’agit d’une tentative de questionner les cadrages théoriques et épistémologiques des disciplines de la communication organi-sationnelle, tout en tenant compte de leurs applications dans la dernière décennie par les professionnels eux-mêmes. On propose une méta-lecture non-exhaustive des modèles et des méthodologies du domaine, enrichie de commentaires critiques sur les oppositions de paradigme entre quelques approches anglophones et francophones qui constituent la source des contributions des chercheurs roumains.

Un témoignage de recherche appliquée, qui a pour prétexte la relecture du concept de « monde des employés de bureau » qui appartient à Michel Crozier (1965), conclut cette démarche théorique. Il sera proposé par Nicolae Perpelea, chercheur à l’Institut de Sociologie Dimitrie Gusti de l’Académie Roumaine.

 

LA DIMENSION DE GENRE DANS LES ORGANISATIONS

Daniela ROVENȚA-FRUMUȘANI
Professeur des Universités
Faculté de Journalisme et des Sciences de la Communication
Université de Bucarest

La visée de cette intervention c’est de s’inscrire dans l’histoire des efforts entrepris pour éradiquer l’arbitraire, l’injustice et la discrimination envers les femmes en utilisant l’arme de l’information. Pour faire avancer la cause de l’égalité, il faut d’abord assurément prendre le pouls des inégalités, rendre visibles leurs causes et leurs effets, comprendre le degré de leur résistance et les implications de leur persistance.
En dépit des modifications de jure (loi contre la discrimination de genre, 2002 pour la Roumanie), de facto les changements arrivent plus lentement. L’inégalité de genre reste une caractéristique majeure de la société globale et par voie de conséquence de la Roumanie postcommuniste aussi.

Dans les sociétés contemporaines marquées par la désindustrialisation (chute de l’industrie manufacturière ou lourde, émergences des nouvelles technologies, boom des services et du care) la production et la reproduction, le marché et la famille sont de moins en moins séparés ; ils deviennent des espaces où le sexe, la race, la classe se confrontent afin de donner une signification (souvent nouvelle) et valeur au travail. La « crise de la production » entraîne des travaux temporaires, à mi-temps, éparpillés dans le temps et l’espace ce que des chercheures féministes appellent du travail féminisé (moins payé, moins valorisé, temporaire, etc.) ; c’est pourquoi on parle de fémi-nisation de la pauvreté.

Les féministes ont élargi la définition du travail des femmes au-delà de l’économie, afin d’y inclure le travail domestique et les tâches de soutien ; elles ont développé des concepts telles le travail émotionnel, la charge mentale, les soucis, pour analyser la dimension de genre du travail payé et du travail domestique.

Même si les femmes ont investi dans presque tous les métiers et dans toutes les professions, la ségrégation sexuée du travail demeure une réalité qui se traduit notamment par la persistance de l’inégalité salariale et symbolique.